06 mai 2008

Le petit pont de bois

Kotamale, petit village isolé de la Nana Grebizi, situé au centre de la République Centrafricaine. Un petit pont de cinq mètres de large enjambe la rivière Kodo qui coule paisiblement deux mètres en contrebas. Un cours d’eau paresseux et boueux franchit en quelques pas. Mais qui va coûter quelques dizaines d’euros au chauffeur du camion qui se présente. Pour la deuxième fois depuis le départ de Kaga Bandoro, à quelques soixante kilomètres à l’ouest, la scène rejoue sa partition. Le pont est en effet infranchissable.

 

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Si la piste en latérite, refaite il y a quelques années par les services publics, est dans un état à peu près correct, les ouvrages d’art, eux n’ont pas résisté au passage du temps et des intempéries. Les saisons des pluies très violentes et longues de plusieurs mois, qui multiplient par dix, ou plus parfois, le débit des cours d’eau, la pauvreté extrême des populations qui les incite à vandaliser les infrastructures publiques, dont les planches et poutres qui forment bien souvent le tablier des ponts offrent un intérêt économique non négligeable, les combats passés, entre forces gouvernementales et mouvements rebelles, qui ont mis à mal les ouvrages de franchissement pour des raisons de stratégie militaire, et, simplement, l’absence d’entretien liée à l’absence de moyens, ou de volonté politique ; tous ces facteurs, accumulés, ont laissé derrière eux les mêmes images qui se répètent par dizaines à travers le vaste territoire de la RCA : des structures métalliques le plus souvent en bon état mais dénudées de leur tablier, cette surface en bois, métal ou béton sur laquelle les véhicules et les piétons peuvent franchir le cours d’eau.

Bien souvent, les populations on réparé celui-ci avec les moyens du bord pour leur usage quotidien : quelques rondins branlants et trop fragiles vaguement attachés entre eux avec des lianes, une solution éphémère pour les piétons, les cyclistes, plus rarement pour les voitures 4x4 mais jamais suffisantes pour les camions surchargés de marchandises ou d’aide humanitaire.
Alors, comme à chaque fois, le chauffeur arrête son véhicule et commence à négocier avec les jeunes qui s’approchent, conscients de leur pouvoir et leur monopole dans ce coin perdu de la jungle. De quelle négociation s’agit-il ? Celle du prix du déchargement des dizaines de tonnes de conserves, vêtements, outils, sacs de ciment, planches, brouettes, bidons, tôles, bicyclettes et autres produits hétéroclites qui constituent la masse énorme et débordante des produits qu’attendent les commerçants de Ndélé. Celle du prix pour le transport de tout ceci à dos d’homme, de l’autre côté du cours d’eau. Puis celle du prix du rechargement de l’ensemble du fret dans le camion ainsi allégé qui aura, peut-être, pu franchir le cours d’eau à gué sans s’embourber.

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Car, en effet, régulièrement, le camion se révèle incapable de remonter la pente de boue que constitue les berges et de nouvelles négociations s’engagent alors avec les manœuvres locales…


Ce gymkhana se reproduira encore cinq fois d’ici Ndélé, 200 km plus au nord, stoppant le véhicule de longues heures et majorant d’autant le prix des denrées à l’arrivée. D’ici fin juin, avec la montée des eaux, les franchissements à gué deviendront cette fois-ci totalement impossibles. Le nord du pays se retrouvera alors complètement coupé du reste du pays et de la capitale. Plus de transport commercial. Plus d’aide humanitaire. Plus de déplacements personnels ou professionnels. Rien. Simplement du fait de l’absence de quelques dizaines de mètres de tablier. Un tiers du pays. Des dizaines de milliers de personnes isolées à cause de l’absence de quelques planches.

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Financé par le Fond de Réponse d’Urgence, géré par le PNUD et approvisionné par plusieurs Etats, ACTED a entrepris de réparer quelques uns de ces ouvrages afin de maintenir l’accès à Ndélé 12 mois par an. Les travaux sont en cours et vont essayer de prendre de vitesse la saison des pluies qui se rapproche. Puis, dans les mois à venir, des dizaines d’autres ouvrages pourront également être réhabilitées à travers l’ensemble du pays.

 

Une intervention de seulement quelques semaines et quelques milliers d’euros à chaque fois mais qui change la vie quotidienne de dizaines, et parfois de centaines, de milliers de personnes.

Posté par LoinAilleurs à 16:59 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le petit pont de bois

    question perso

    Bonjour,
    Je suis etudiant et m'interesse aux metiers de l'humanitaire. Pourriez-vous me dire comment vous conciliez vie personnelle et professionnelle?
    Si vous avez femme et enfants, vous suivent-ils lors de vos differentes missions? J'aimerais partir mais je n'ai aucune envie de tirer une croix sur une possible vie de famille? Comment faites-vous? Merci pour la reponse.
    Walter

    Posté par walt, 29 mai 2008 à 10:34 | | Répondre
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